De Yushu a Litang


DE YUSHU A LITANG



- Sur la route du Tibet-

Du 3 au 14 octobre 2016 Chine 1752 km

Après avoir laissé tomber les vélos quelques jours pour traverser l'ouest de la Chine, nous remettons en selle pour s'attaquer aux montagnes Tibétaines du nord su Sichuan.


Bienvenue au Tibet!

En arrivant à Yushu, on ne sait pas trop à quoi s’attendre : on est en chine mais perchés à 3600 m dans une region majoritairement tibétaine. En effet, le Tibet historique comprend trois provinces traditionnelles (l’Amdo, le Kham et l’U-tsang) qui s’étendent largement au delà de la province autonome du Tibet (region administrative chinoise qui reprend les contours de l’U-tsang). Yushu se situe donc sur le plateau tibétain entre les regions de l’Amdo et du Kham.

A notre arrivée à la gare routière, on est vite dans l’ambiance : des moines à tous les coins de rues, des drapeaux de prières volent au-dessus de toutes les collines aux alentours, et le monastère surplombe la ville de maniere majestueuse.

La region a subi un terrible tremblement de terre en 2010 qui a detruit une grande partie de la ville, tuant plusieurs milliers d’habitants. Depuis le gouvernement chinois a entrepris d’importants travaux de reconstruction, donnant à la ville un air nouveau avec de grandes avenues et de gros immeubles. Pour la visite de la vieille ville, c’est raté. On s’amuse quand même à observer les tibétains en habits traditionnels et les moines se baladant dans les boutiques modernes vendant iphones ou vêtements de marques. 

Yushu et son monastere
Yushu et son monastere

Notre auberge est situé à 5 km de Yushu, près du plus grand mur de mani au monde (parait-il, on a pas vérifié...). Les mani sont des pierres gravées avec des inscriptions bouddhistes sacrées (des mantras, “om mani padne hum” étant la plus connu). L’ambiance qui règne autour de la guesthouse, pleine de spiritualité est très agréable. Les tibetains viennent ici en pélerinage pour effectuer le tour du “mur” (la kora) en récitant des prières et en egrenant les perles de leur chapelet, dans une odeur d’encens. Certains pèlerins se prosternent pour realiser la kora en faisant des kjangchags, ce qui consiste à prier debout puis s’agenouiller et s’allonger en tendant les mains vers l’avant puis se relever et recommencer à l’endroit où ils avaient les mains quand ils étaient allongés. Ils utilisent alors des cales en bois sur les mains et les genoux pour mieux glisser et se proteger. Chaque jour, les pèlerins reviennent avec la même ferveur pour recommencer la kora. On retrouve autour de la kora, tout un tas de magasins destiné au parfait pèlerin : des chapelets, des moulins à prières, de l’encens ou des habits de moine se cotoient dans les petites échoppes.

Les pelerins du mani wall de Yushu effectuant la kora
Les pelerins du mani wall de Yushu effectuant la kora

Après 10 jours de repos, les prochains jours s’annoncent un peu plus corsés. Jusqu’à Litang, pas moins de 7 cols à plus de 4000 m nous attendent, sur des hauts plateaux où les Yaks règnent en maîtres des lieux. On fait donc le plein de nourriture et nous voilà partis à la découverte de la campagne tibétaine...

A peine sortis de Yushu, on tente déjà de s'épargner quelques km et un peu de dénivelé (oh les fainéants!) en empruntant un tunnel tout neuf et pas encore ouvert à la circulation. On se retrouve alors sur l'autoroute, rien que pour nous… quel confort de pouvoir rouler au milieu de la route sans s'inquieter des voitures. A peine le temps de s'habituer à notre solitude retrouvée, que nous croisons Brigitte et Nicolas, deux cyclos français partis de France en mars. Ils vont aussi à Litang! On décide donc de faire route commune pour affronter le premier col. On sera rejoint le lendemain par Johan, un autre cyclo français qui va vers Chengdu. Nous voilà donc rapidement un petit peloton de 5 français en route pour Ganzi (carrefour entre Chengdu et Litang). On ne pensait pas avoir pris une route si touristique!

Le premier col est une bonne mise en jambe, le point culminant de cette étape, bien que le panneau soit légèrement mensonger. Les effets de l’altitude se font vite sentir dès que l’on tente de se surmener (fini la papote, maintenant on ralentit!), mais on s’acclimate doucement en faisant le plein de globules rouges, et les essoufflements ne seront bientôt qu’un lointain souvenir. Dans la montée, on croise un groupe de pèlerins rejoignant Lhassa en effectuant des kjangchags (ce voyage leur prendra des mois!). On est impressionné par le courage et la ferveur de ces tibétains prêt à parcourir des milliers de km en se prosternant de la sorte. Qu'on est bien sur notre vélo! A l'approche du col, la vue des drapeaux de prières volant sous le vent nous font réaliser la chance que nous avons d’etre ici, au bout du monde, au Tibet, à plus de 4500 m. Un mélange de fierté, de satisfaction et de bonheur nous envahi. 

Lancé de prières au col
Lancé de prières au col

On redescend alors sur le haut plateau Tibetain mais la météo n’est pas avec nous ces jours-ci et une pluie battante nous pousse à nous refugier dans l’ecole d’un petit village. Dans la classe de CP, un grand écran plat tactile fait office de tableau, du jamais vu! La Chine investit dans l’education! L’instit nous invite à boire le thé chez lui en attendant que ça se calme, mais voyant que la pluie ne s’arrête pas, il finit par nous proposer de dormir dans sa classe. Il faut dire qu’il a eu pitié de nous, seuls sous la tente, dans la nuit, à la mercie des chiens sauvages, qui sont nombreux dans cette region. A vrai dire, on a bien plus peur des gros toutous qui nous aboient dessus quand on passe devant chez eux et qui tirent comme des malades sur leurs chaines pour tenter d’aller gouter du mollet de cycliste, plutôt que des gentils chiens errants qui se baladent tranquillement en nous snobant. Mais il semblerait que ces derniers aient été décimés ces derniers mois par une campagne du gouvernement visant à réduire le nombre de chiens errants, devenu trop important. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos yaks : un toit pour la nuit, c’est tout ce qu’on esperait. Le lendemain, on plie bagage avant même que les enfants n’arrivent et alors que l’instit est encore en pyjama… nous aurait-il menti sur l’heure de la classe pour être sur qu’on decampe à temps?

On retourne a l'ecole!
On retourne a l'ecole!

Les jours suivants, les cols s’enchainent mais ne se ressemblent pas. Tantôt dans le brouillard, tantôt sous la neige, ou avec le vent de face. Décidemment, la météo ne nous epargne pas et il pleut tous les jours. De quoi en décourager plus d’un, mais les paysages traversés, les gens rencontrés, notre petit peloton où les garçons se relaient pour nous proteger du vent de face, les crêpes de Brigitte, les petits restos du midi, les sourires et les “Tachidele” (qui signifie literalement “bonne chance” et utilisé à tout va pour saluer) chaleureux des Tibétains, les encouragements des touristes Chinois qui s’arrêtent souvent pour une séance photo (avec un matos de fous, soit dit en passant),... nous permettent de surmonter les moments plus difficiles.

Elise et tous ses fans
Elise et tous ses fans

A travers le haut plateau Tibétain

Entre Yushu et Ganzi, on traverse des hauts plateaux, avec de larges vallées. On y retrouve de nombreux troupeaux de Yaks et quelques tentes de nomades. Ici, les yourtes rondes et colorées et les chevaux des bergers ont laissées la place à des tentes carrées et blanches et aux motos. Un peu moins charmant. Les quelques villages traversés sont souvent surplombés par un monastère clinquant et brillant de tous ses ors, même sous les nuages. Parfois les monastères sont même des petites villes dans la ville, avec les logements des moines, la cantine, l’école, les lieux de cultes,... On croise également régulièrement des temples ou d’immenses bouddhas en construction. Devant tant de richesse, on se demande encore comment fonctionne l’economie de ces monastères : les dons des pèlerins, les activités des moines,...?

Le monastere de Dzogchen
Le monastere de Dzogchen

On s’octroie d’ailleurs une petite pause pour visiter le monastère de Dzoncheng. Ce jour là signera le retour des éclaircies et nous permettra de passer un moment magique dans cette vallée surplombée de sommets enneigés, au milieu des temples et stupas grouillants de moines. On arrive en plein congrès international, et de nombreuses tentes ont été installées pour nourir, heberger et vêtir tout ce petit monde. On en profite pour faire tourner quelques moulins à prières en espérant avoir un tunnel qui ecourterait le prochain col, avant de reprendre la route sous le soleil. La fatigue se fait ressentir dans la montée au col, mal aux fesses et au dos pour Elise qui s’accroche à un camion sur quelques centaines de mètres, pour se soulager. Malheureusement, le tunnel est encore en construction et il nous faudra persévérer jusqu'au sommet sur une piste cahotique. Nos voeux n’ont pas été exaucés, mais c’est finalement pour le mieux puisque nous sommes récompensés par un splendide panorama sur les sommets enneigés à plus de 6000m. On retrouve les milliers de drapeaux qui claquent sous le vent. Seule ombre au tableau, les énormes pylones électriques qui trônent au sommet et gâchent un peu la vue : les Chinois ne semblent pas se préoccuper de l’integration paysagère et on dénombre souvent plusieurs lignes electriques par vallée (on en a compté jusque 6!).

Arrivee au col sous le soleil. Les poteaux electriques sont du plus bel effet.
Arrivee au col sous le soleil. Les poteaux electriques sont du plus bel effet.

Le ciel menaçant nous pousse à vite redescendre pour planter la tente quelques virages plus bas, face aux cimes enneigées. Le coin est splendide. Mais, l’orage ne tarde pas à nous rattraper pour nous rappeler qu’à cette altitude, la nature est reine. Le vient violent et la grêle mettent la tente à rude épreuve. On se retrouve à tenir les arceaux, de crainte qu’ils ne rompent sous la tempête. Mais la tente tient le coup, et on reste (presque) au sec, ouf!

Perte d'altitude, changement de décor

A l’approche de Garze, l’architecture des maisons Tibétaines évolue. Assez austères jusqu’à présent (blanches, avec les soubassements blancs et rouges), elles deviennent plus chaleureuses. A mesure que l’on perd de l'altitude, on retrouve des regions boisées et les habitations sont maintenant construites en terre, avec des encadrements de portes et fenêtres ou même les façades en bois, minutieusement sculptées et peintes de couleurs vives. L’interieur n’est pas en reste et les boiseries et colonnes sont souvent peintes des mêmes motifs chargés aux couleurs chatoyantes. On retrouve souvent une terrasse exposée sud pour faire sécher le foin.

Les murs de terre servent de support pour faire secher les bouses de Yaks qui permettent de se chauffer pendant les long mois d’hiver.

Dans les plus grandes villes, notamment Garze, le contraste est saisissant : les maisons traditionnelles se retrouvent envahies de nouveaux buildings en béton aux nombreux etages qui poussent comme des champignons. La plupart est toujours en construction et les rares qui sont terminés paraissent bien vides. Peut être dans l’attente d’un exode de Hans vers les campagnes Sichuanaises?

Les nouveaux quartiers de Garze
Les nouveaux quartiers de Garze

A Garze, nous découvrons une nouvelle variété de plats jusqu’alors limités à des pâtes au bouillon agrémentées de viande de yak et de quelques legumes, à du riz-oeuf-tomate et aux noodles du soir. Quel plaisir de varier les légumes et les associtions de saveur. Ça nous donne même des idées pour la suite. Fini les noodles (même Nico commence a faire une overdose), maintenant, en camping, c’est pâtes aux légumes mijotés! On ne se refuse plus rien…

On profite de cette halte pour visiter le monastère, que l’on rejoint en déambulant à travers le dédale de ruelles de la vieille ville et les boutiques de vêtements pour moines. On tombe pile à l’heure du repas, que les moines nous invitent à prendre avec eux. On assiste donc, à la distribution de la soupe dans une grande salle bondée, assis en tailleur sur des coussins, à ecouter les aînés reciter des mantras, sous le regard amusé des moines les plus jeunes.

Le quartier des ebenistes de Garze
Le quartier des ebenistes de Garze

On repart de Garze en direction du sud, laissant Johan qui part à l’est vers Chengdu. Notre petit groupe ne réduit pas pour autant puisque nous  retrouvons Jeremi, (encore) un cyclo francais, croisé quelques jours plus tôt à Zhuqing, et qui va dans la même direction que nous.

On s’enfonce alors dans des gorges abruptes, ou les grands espaces des jours précédents laissent la place à une magnifique vallée encaissée, arborée et colorée de toutes les nuances de l’automne.

A cette altitude, les vaches ont remplacé les yaks. Les habitants de cette vallée sont plus cultivateurs qu’eleveurs et les maisons basses des hauts plateaux font place à de plus grandes bâtisses à plusieurs etages comportant un grenier a fourage et de plus en plus souvent construites en pierres.

Maison traditionnelle tres colorée de la vallée de Yalong
Maison traditionnelle tres colorée de la vallée de Yalong

On descend la rivière sur près de 200 km. Enfin… “descendre” est un bien grand mot puisqu’en réalité, ça monte, ça descend, ça remonte, ça redescend… mais l’avantage, c’est que l’on profite de descentes agréables et qu’il y a du mieux côté météo : les averses ne sont plus qu’anecdotiques et le vent nous pousse sur une bonne partie de la route. Par contre les spots de camping se font plus rares, et on s’installe dans les seuls endroits où la vallée s’élargit, près des villages et monastères. Les voisins curieux nous rendent visite et les nonnes nous apportent thé et chaussons fourrés aux légumes. Malheureusement, la communication reste souvent limitée et on se contentera de quelques sourires et du traditionnel “Tachidele”.

Camping de reve a coté d'un monastere de nonnes... jusqu'a l'orage de grele!
Camping de reve a coté d'un monastere de nonnes... jusqu'a l'orage de grele!

Après, 3 jours de “descente”, c’est reparti pour un bon col de 1500 m. La route toute neuve des Chinois est déjà bien défoncée : elle ne résiste pas aux éboulements de terrains et aux chutes de blocs, pas plus que les filets de protection d’ailleurs (quelques tunnels sont en construction pour éviter des portions critiques); et dans la montée au col, une récente crue a érodé et emportée quelques parties de route.

Apres une remontée progressive de la vallée, les lacets se font plus raides et la partie finale, vent de face est plus difficile. Mais Nico, qui casse de nouveau sa chaine nous accorde une pause pour récupérer un peu. S’en suivent 30 km de descente qui auraient pu être un régal si le vent de face n’avait pas soufflé si fort… quel gâchis! Obligés de forcer pour avancer… le moral retombe bien vite et même les snickers n’y font rien (c’est pour dire!). Il nous faudra un bon resto et un tunnel surprise pour zapper le dernier col (décidemment, ils aiment bien les tunnels ces Chinois) pour nous remettre sur pieds.

Nous arrivons a Litang où nous passons quelques jours pour nous reposer.

Ces derniers jours au Tibet ont été l'occasion de réaliser un certain nombre des défis que vous nous avez lancé. 

Nous avons également profité d'une bonne connexion internet pour mettre en ligne quelques petites vidéos, bien plus parlantes que tous nos discours.

Devinette

Pour ceux qui ont eu le courage de nous lire jusqu’ici, voici une nouvelle devinette :

Quelle est la fonction de cette construction en bois sur les façades des maisons (photo ci-dessous, sur la facade de droite)?

Nous enverrons une jolie carte postale au premier qui trouvera la bonne reponse… verdict dans quelques jours!

Maisons tradtionnelles en terre et bois de la vallée de Yalong
Maisons tradtionnelles en terre et bois de la vallée de Yalong

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